Par Gaël Barreau, Terre et Ocean

Retour sur nos expériences

{

Albufeira en plein cœur de la période estivale

Dans le cadre de nos mobilités ODDience2023 j’ai eu la chance de pouvoir retourner à Albufeira une seconde fois. Le contraste était d’autant plus intéressant que contrairement à notre première visite, qui s’était déroulée en avril, nous étions cette fois ci en plein cœur de la période estivale. Chaleur et touristes étrangers en grand nombre étaient donc au rendez-vous de cette mobilité toujours placée sous la douceur de la vie portugaise.

Déjà la dernière fois le contraste s’était fait sentir entre la beauté des lieux alentours et l’intensité de l’impact des activités touristiques. Les constater en plein cœur de la haute saison était donc une suite logique, et il est vrai que cela montre tout le paradoxe de nos sociétés du loisir à portée d’avion.

Un tourisme qui explose

Lorsque nous sommes dans le cœur de cité ancienne, avec ses rues étroites et ses maisons aux murs épais et à la peinture claire, on se sent transporté dans ce qu’étaient ces villes de toute la façade sud et est de la péninsule ibérique en général : des petits ports peuplés de pêcheurs sur la façade maritime, et à l’intérieur des terres des agriculteurs produisant des denrées adaptées à ces conditions méditerranéennes (olives, amandes, agrumes, figues etc.). L’afflux d’un tourisme qui explose à partir des années 60 dans ces territoires va les façonner durablement. Cela est d’ailleurs mis valeur dans une fresque qui domine une des plages centrales de la ville comme un grand accomplissement. En conséquence, la ville, et la région, ont profondément changé, en développant des infrastructures tournées vers ce qui est désormais le moteur principal de l’économie.

Le soleil, et le développement d’un transport aérien abordable, ont donc fait de ce coin du Portugal un haut lieu pour qui a envie d’un peu de soleil et de fête. Il est donc assez singulier de passer en quelques minutes de marche du charme tout méridional des vieilles rues étroites de l’ancienne cité, aux épais murs blancs, au « strip » artère de la vie nocturne bardées d’enseignes aux néons criards. Toute cette activité entraîne également avec elle une consommation d’électricité accrue, mais également une production de déchets très importantes, restant à charge de la collectivité en charge de leur traitement.

tourisme de masse

La résilience de nos territoires méditerranéens

La question résonne également quant à la résilience de nos territoires méditerranéens : le changement climatique, avec des sécheresses toujours plus marquées, vient se heurter à une demande touristique qui ne cesse d’augmenter. L’adaptation est donc un impératif. Elle se fait par touches, ainsi qu’on peut voir sur les toitures des bâtiments avec des chauffe-eau solaires en nombre. Mais elle va devoir s’envisager pour une ressource vitale, l’eau, dans une région qui en manque naturellement. Car si à la tombée du soir, quand les néons des centaines d’établissements s’illuminent, on pense que peu d’eau sera versée dans les verres des fêtards de passage, elle est en réalité massivement consommée par l’activité de tourisme directement (douches) ou indirectement (piscines, arrosages, blanchisserie, restauration etc…). Nous consommons en nuitée d’hôtel 4 étoiles jusqu’à 400 litres d’eau par personne, contre 150 pour en journée dans notre quotidien. Elle reste donc un enjeu majeur pour envisager un avenir pérenne et résilient.

On voit également les limites de notre conception du tourisme moderne, où parfois les vacances sont synonyme d’oubli de nos bonnes habitudes au vu de certains terrains vagues couverts de déchets plastiques rémanents. Cela laisse à penser qu’il y a un encore grand espace d’éducation et de sensibilisation à couvrir ! Et cela marche : pendant le séjour j’ai eu l’occasion d’observer une superbe couleuvre fer-à-cheval (Hemorrhois hippocrepis), au milieu d’un chemin très fréquenté menant à la plage. Il fut donc amusant de voir que, non content de ravir un naturaliste de cette première observation personnelle de l’espèce, de nombreux touristes de diverses nationalités se sont arrêtés, curieux, et pour beaucoup intéressés, par cette découverte. Espérons qu’une fois sensibilisés à la faune vivant autour de leur lieu de séjour, ils seront plus attentifs au sort de leur verre à usage unique contenant leur drink.

strip

Risque de perdre un de ses attraits

Tout cela montre tous les paradoxes qui ont parcouru nos questionnements dans ODDience2023 autour des objectifs du développement durable. En devenant attractive, et par là en améliorant la qualité de vie de ses habitants, la région est en risque de perdre un de ses attraits, ses paysages sauvages. Encore conservés sur certains secteurs, ils constituent un lien fort avec ce passé encore récent, et présentent une biodiversité remarquable. Même dans les interstices, au cœur même des lotissements et ensembles hôteliers, elle arrive à s’y glisser. Ainsi, ces dunes et falaises littorales de l’Algarve sont un des derniers refuges sur le continent européen du Caméléon commun (Chamaeleo chamaeleon). Discret, difficile à observer, ses populations restent sous la menace de la fragmentation de leur habitat. Mais si l’on s’obstine, et si l’on a un peu de chance, l’animal étant naturellement doué pour le camouflage, ce genre de belle observation est possible sur les bords de plages pourtant très fréquentées en journée.

cameleon